
Extrait de l'enquête de l'INSEE Lorraine : "L'économie sociale et solidaire, c'est une large palette de services offerts aux personnes. Proposés par une mosaïque de plus de 17 000 entreprises ou organismes aux contours variés, elle occupe un salarié lorrain sur dix. Les associations en constituent l'ossature avec 77% des unités et 86% de ses emplois, concentrés dans la santé et surtout l'action sociale."
t Gilles Barnagaud : 90% des français font partie de l'Economie sociale sans même le savoir : c'est le cas de tous les membres d'une des 800.000 associations en France, les clients des plus grandes banques coopératives, les adhérents aux mutuelles de santé (13 Millions d'adhérents et 36 Millions de personnes couvertes à la Mutualité française !)
t Bernard Thirion : En tant qu'INSEE, nous prenons comme définition de l'Economie sociale celle qui est retenue par l'Association pour le Développement de l'Economie Sociale (ADES), pour qui l'Economie sociale regroupe trois familles, les associations, les coopératives et les mutuelles.
t G.B. : Cette étude révèle qu'un salarié sur dix en Lorraine travaille dans le champ de l'Economie sociale. Il était donc important pour nous de mieux qualifier ces emplois et leur poids dans l'économie de la région.
t B.T. : La première surprise que nous avons eue est de voir que l'économie sociale est une véritable mosaïque d'activités et d'entreprises. En lorraine, l'économie sociale, c'est 17.000 établissements sur 110.000 pour 127.000 emplois, soit 55.000 équivalents temps-plein ; cela regroupe 150 activités différentes, et les entreprises sont structurées dans 70 entités juridiques différentes. L'économie sociale pèse 40 % de l'emploi salarié dans les domaines de la santé et de l'action sociale (31.000 salariés dans ce dernier secteur). 40% des emplois dans les activités financières relèvent de l'économie sociale si l'on intègre les banques coopératives. (...)
t Gilles Barnagaud : "Dans l'Economie sociale, on peut être dans le service marchand. Par exemple, une association qui fait du tourisme est en concurrence avec le secteur lucratif. La seule différence est que chacun peut s'exprimer au sein de la structure pour donner son avis sur sa gestion (conseil d'administration) et les dirigeants ne sont pas rémunérés pour ce qu'ils font, seuls le sont les salariés.
t "On dit toujours que le président et le conseil d'administration (bénévoles) doit faire un duo équilibré avec le directeur, qui est salarié. Ils ont intérêt à bien s'entendre. A force de professionnaliser les structures, il va falloir clairement séparer les rôles administratif et politique de chacun dans l'association. Il faut qu'on réfléchisse aux relations entre professionnels et bénévoles, c'est fondamental.
t "De plus, il ne faudrait pas que les bénévoles se retranchent pas derrière les professionnels et qu'ils perdent leur rôle politique de dirigeant qu'exige l'économie sociale : pour ainsi dire, c'est bien le bénévole qui décide des orientations politiques à conduire dans la structure, la direction salariée étant là pour appliquer les orientations prises par le conseil d'administration bénévole. Ce n'est pas toujours simple à mettre en pratique et au sein de l'économie sociale, on a parfois du mal à exiger ce partage des rôles. C'est un défi.
t "Au niveau de la Conférence nationale des Présidents des Chambres de l'Economie Sociale, on cherche à normaliser les rapports entre les dirigeants, jusqu'où les politiques peuvent intervenir, jusqu'où les dirigeants-salariés peuvent aller ? Jusqu'où aller dans la professionnalisation tout en gardant notre rôle d'agitateurs d'idées (...)
t "C'est bien notre rôle : être proches des individus pour apporter des idées permettant de satisfaire leurs besoins. Si ensuite ces idées sont reprises par le secteur marchand, ce n'est pas grave, au contraire. Mais nous devons garder ce rôle de proximité et d'apporteur d'idées.
t "Obligatoirement il y a un avenir pour l'Economie Sociale. Il y a obligatoirement des besoins nouveaux auxquels le secteur marchand ne répondra pas tant qu'il n'aura pas validé les conditions de leur solvabilisation. Qui devra y répondre ? C'est bien les structures de l'Economie sociale (...)
Avec Gilles Barnagaud – président de la Chambre Régionale de l'Economie Sociale de Lorraine et Bernard Thirion – Chef de la Division Information – INSEE Lorraine
Propos recueillis par Pierre-Yves Cazin
Reportage vidéo : http://www.lorrainetv.com/economies/050723_eco_sociale.htm
Enquête de l'INSEE Lorraine : http://www.insee.fr/fr/insee_regions/lor/rfc/docs/EL27Juillet05RP.pdf