Participer n° 626
Janvier, février, mars 2008
Les coopératives dans la campagne
Emplois pérennes, création de valeur ajoutée, développement local, les coopératives apportent des réponses pertinentes aux collectivités, à commencer par les communes qui éliront leur maire en mars. alors, comment les maires, quelle que soit leur couleur politique, parlent-ils des coopératives dans leur campagne électorale?
Depuis les dernières élections en mars 2001, plusieurs centaines de délégations à l'économie sociale sont apparues dans les municipalités. Et bien plus nombreux encore sont les élus attentifs aux atouts des coopératives pour contribuer au développement local, créer de nouvelles activités innovantes ou simplement mettre en selle des entrepreneurs qui misent sur une aventure collective.
Inspirés par le statut Scop
Cette nouvelle tendance a été constatée sur le terrain par Danièle Demoustier, chercheuse et enseignante en économie sociale à l'Institut d'études politiques de Grenoble. Selon elle, "les élus locaux commencent à être de plus en plus intéressés par le statut Scop, notamment pour tenter de maintenir l'emploi face aux fermetures (avec le problème de la viabilité à court terme donc d'une certaine reconversion des entreprises) et surtout face au départ à la retraite d'une génération de patrons PME (avec la nécessité d'insuffler la "culture coopérative" en amont". Elle constate aussi une tradition coopérative différente selon les territoires, en fonction de l'histoire locale, du type d'activités dominantes dans la période industrielle, de l'implantation plus ou moins forte des grandes entreprises et du syndicalisme. "Ce qui est certain, ajoute-t-elle, c'est que l'on assiste aujourd'hui à une certaine "reterritorialisation" des Scop".
Des projets coopératifs ont le vent en poupe
Depuis 2001, les projets coopératifs ont bien le vent en poupe dans les territoires soucieux d'efficacité économique et de solidarité sociale. C'est une certitude pour Christine Bouchart, adjointe à l'économie solidaire de Martine Aubry ) Lille.
"A partir des exemples au sein du réseau, assure-t-elle, je constate qu'entreprendre autrement n'est plus un tabou pour les élus. Il y a même une vraie attente tournée vers les modèles d'entrepreneuriat collectif, qui sont porteurs de richesses autres qu'économiques pour les territoires : implantation d'emplois non localisables, cohérence par rapport à l'environnement, réponse à des besoins des habitants".
"La solution Scop est une piste à développer".
Xavier Argenton, maire de Parthenay
Le Nord est un territoire d'accueil pour les coopératives. Ce n'est pas le seul! Dans les Deux-Sèvres, les Scop apportent une réelle valeur ajoutée, comme en témoigne Xavier Argenton, maire de Parthenay : "Nous avons appuyé récemment un projet de reprise en Scop sur SCPI, une entreprise de métallurgie. Même si le dossier n'a pas abouti parce que finalement, une entreprise parthenaisienne a estimé que le potentiel était suffisant pour offrir un prix plus élevé, le projet était très bon. Après que la société a perdu son plus gros client et l'échec du précédent repreneur, cinq salariés, soit la moitié de l'effectif, sont venus nous voir avec un projet de Scop. Nous avons soutenu le projet à hauteur de 15000€ d'aide directe pour deux raisons : la métallurgie est un axe fort de développement du bassin d'emploi, et par ailleurs, nous avons été rassurés par le professionnalisme du réseau Scop Entreprises en termes d'accompagnement et de montage financier. Nous appuyons encore aujourd'hui deux des salariés qui veulent recréer une Scop. La solution Scop est une piste à développer, comme en témoigne le succès de MSI qui est un très bon exemple de réussite de reprise par un groupe de 5 salariés. C'est la meilleure réponse pour maintenir un outil de production sur un territoire, soit dans un contexte de difficultés économiques, mais aussi de plus en plus dans le cadre de transmission d'entreprise dont le dirigeant part à la retraite sans successeur". Dans les Deux-Sèvres également, le député-maire de Cerizay, Jean Grellier connaît aussi bien les Scop pour avoir dirigé la Scodec de 1993 à 2004. Il souligne la nécessité d'expliquer encore les atouts coopératifs aux élus et aux chargés de missions de collectivités locales : "comme les Scop ne payent pas de taxe professionnelle, certains maires peuvent avoir des réticences. Ils se rattrapent avec les taxes sur le foncier bâti! Cela dit, ils sont de plus en plus sensibles à la dimension 'développement durable" porté par les Scop". Jean Grellier ne se représentera pas à la mairie en mars prochain, mais promet de consacrer une partie de son temps de député au développement des coopératives.
Les pratiques diverses des élus
Face à Jean Grellier, élu maire une première fois en 1983, Jean-Marc Lespade, 41 ans, fait figure de novice! Il est devenu maire de Tarnos (Landes) en octobre 2004, en cours de mandat. Avec une demi-douzaine de scop à Tarnos (TCMI, Adour Energies...), difficile de mettre de côté leur impact sur l'emploi. Et Jean-Marc Lespade s'est pris au jeu. Sa commune accueille désormais l'Union Régionale des Scop d'Aquitaine au sein du pôle technologique Jean Bertin. Il a eu aussi l'idée de créer dans le cadre du pôle un restaurant d'insertion inter-entreprises sous forme de Scic, baptisé l'Eole. "J'ai estimé qu'il fallait avoir une approche expérimentale, indique modestement Jean-Marc Lespade. Nous avons fédéré les bonnes volontés, en demandant aux entreprises privées du pôle de participer au capital social, en intégrant le foyer des jeunes travailleurs pour son savoir-faire dans l'insertion et en apportant la caution de la mairie sur l'intérêt collectif". L'Eole a démarré en novembre 2006 et compte 12 salariés, dont 8 en insertion. Le développement économique est valorisé dans le programme municipal de Jean-Marc Lespade, qui se représente : la création d'un parc d'activités sociales y figure en bonne place.
Le soutien de Jacques Godfrain, maire de Millau (Aveyron) aux idées coopératives est tout aussi indéfectible. Il se souvient que certaines fabriques de gants, une des spécialités de sa ville étaient sous forme coopérative et que lui-même, dans sa vie professionnelle, fut salarié-associé dans la compagnie aérienne UTA, une société anonyme à participation ouvrière! Mais, il est plus difficile de parler de statut juridique dans une campagne électorale... "Pourtant, c'est sûr, ajoute l'ancien ministre, les entreprises coopératives sont une arme anti-délocalisations. Mais c'est avec leurs propres forces que les Scop doivent emporter des marchés. Les entreprises, qui ont un actionnariat salarié, sont tout aussi efficaces que les autres. Regardez qui a construit le viaduc de Millau! C'est Eiffage, une société avec le pouvoir aux salariés".
Les déclaration d'intention ne manquent pas
Comme avant toute élection, les déclarations d'intention ne manquent pas. Mais après, c'est tout autant l'échéance du troisième tour qui importera pour les coopératives! Le troisième tour, c'est l'élection des maires ou de leurs délégués au sein des intercommunalités, qui ont, depuis les lois de décentralisation, la compétence économique et les moyens financiers qui vont avec. quelle place sera donnée à l'économie sociale dans le développement économique? Pour Benoît Willot, expert en créations d'activités et conseiller municipal d'opposition à Joinville-le-Pont (Val de Marne), "les élus sont à l'écoute des acteurs de proximité et ils ne peuvent plus faire l'impasse sur les modes d'entreprendre collectifs. C'est ce qu'on voit de plus en plus avec la volonté d'un développement économique global, qui inclut l'économie sociale". De belles perspectives pour l'univers coopératif, si ces tendances des élections de 2001 se confirment en 2008.
Eric LARPIN