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La Lettre de l'Economie Sociale

n° 1278

Semaine du 17 au 23 avril 2008

 

Selon des chiffres tirés d'une importante enquête menée sous la direction de Viviane TCHERNONOG (CNRS/MATISSE), le nombre de personnes engagées dans le bénévolat associatif serait d'environ 14 millions de personnes en 2005. Ce chiffre aurait progressé régulièrement de 3.8% par an depuis 1999. Le taux d'engagement est donc de 28% de la population de plus de 15 ans. Chaque bénévole passe en moyenne 86 heures par an dans son ou ses engagements (contre 81 heures en 1999). ces chiffres sont très positif et cassent le discours mortifère sur "la crise du bénévolat" ou l'égoïsme des français! Il convient de noter toutefois que cette étonnante progression s'explique prioritairement par la progression du nombre des associations (70 000 créations nouvelles tous les ans, solde net estimé à +35 000 par an) ; en moyenne, chaque association n'a donc pas plus de bénévoles, environs 16 par association. C'est en quelque sorte "l'offre associative", considérable et très diversifiée, qui tire la progression du bénévolat. Dominique THIERRY, vice président de France Bénévolat, vient de publier une étude par le compte de l'observatoire de la parité sur la place des femmes dans la vie associative. Elle est disponible dans son intégralité sur www.france benevolat.org.

 

VIE ASSOCIATIVE

LES FEMMES DE PLUS EN PLUS PRESENTES

Telles que Moloch, les associations sont insatiables : toute association digne de se nom - et le plus grand nombre en est digne - dit qu'avec les moyens qu'elle a elle n'a pas à rougir. Beaucoup affirment que si elles avaient deux fois plus de moyens, elles auraient deux fois plus d'actions et de résultats. Et bien sur, les ressources essentielles d'une association sont les bénévoles, qu'il s'agisse des dirigeants associatifs ou des bénévoles de terrain plus ou moins engagés. Ce besoin constant de bénévoles supplémentaires est le signe de l'extraordinaire dynamisme associatif, du besoin des associations d'entreprendre et de répondre aux besoins de lien social, que ce soit au travers des associations qui se situent sur des champs réparateurs, "les ravaudeurs du tissu déchiré", ou sur des champs plus préventifs (le secteur sportif, le secteur social et les aides à la personne, le secteur culturel et des loisirs, l'appui au développement économique...) ou encore sur des champs plus revendicatifs. Les bénévoles et les associations doivent faire preuve d'attractivité, car il y a de fait concurrence sur une ressource toujours insuffisante. Le tissu associatif est immense et diversifié, même si sa lisibilité, en particulier locale, est insuffisante.

Du coup les bénévoles potentiels ou actuels sont sollicités par de multiples canaux : cercle familial et personnel, grands médias pour les grandes associations de niveau national, médias locaux, notre propre Réseau France Bénévolat composé de plus de 230 points d'implantations locales et notre site... Contrairement à des idées acquises, ce n'est pas prioritairement et exclusivement le secteur associatif qui constitue le facteur essentiel d'attractivité. Ce sont essentiellement le dynamisme du Projet associatif, le charisme de ses dirigeants, la qualité de l'accueil et de l'intégration des nouveaux bénévoles, la qualité de l'ambiance, la qualité de la diversité et la possibilité de trouver des gens "sympa" et humainement riches...

Les compétences demandées sont souvent de plus en plus pointues. Ce qu'on appelle de plus en plus "le professionnalisme des bénévoles", renvoie à des besoins de compétences spécifiques. Pour prendre un exemple parmi des centaines, les associations qui s'occupent des personnes les plus exclues, doivent avoir des bénévoles spécialistes des questions d'écoute, de conseil familial, de santé, de droit administratif, de logement, de formation, etc.

Il y a réellement "crise" sur la question du renouvellement des dirigeants associatifs. C'est en tant que tel un "sijet dans le sujet". Les raisons de cette difficulté sont multiples : montée objective des responsabilités et de la complexité (et bien sur dans cette complexité, le poids des problèmes de financement), disponible insuffisante, nécessite de charisme, insuffisance de formation, mauvaise délégation dans les équipes dirigeantes. Le CNOSF, pour le secteur sportif, a pris ce sujet à bras le corps et développen des démarches originales dans la durée. France Bénévolat a, pour sa part, engagé une étude/action qui sera publiée vers mars 2008. Il est clair que c'est l'un des très grands chantiers que le Monde Associatif devra traité dans les années à venir.

L'accès des femmes aux responsabilité associatives en constitue l'un des volets...

La place des femmes dans l'emploi des associations : sur les 1 100 000 associations, environ 15% sont employeurs (les autres ne fonctionnent qu'avec des bénévoles). elles représentent environ 1 750 000 emplois et environ 1 000 000 d'équivalents temps plein, donc avec un fort taux de travail à temps partiel. L'emploi associatif a cru, de 1999 à 2005, 2.5 fois plus vite que dans l'ensemble de l'économie. C'est là aussi la preuve de son dynamisme et il contribue maintenant l'un des secteurs employeurs dominants, bien devant la plupart des secteurs industriels, juste derrière l'artisant. 68% des emplois sont féminins avec de fortes disparités selon les secteurs (l'emploi est majoritairement masculin dans le secteur sportif et majoritairement féminin dans le secteur social). Seuls 53% de ces secteurs sont sous forme de CDI, la précarité forte de l'emploi associatif s'expliquant à la fois par des activités saisonnières et par le poids important des emplois aidés, sous toutes ses formes (CES, "Emplois jeunes", CAE...). En dehors même des associations féminines ou féministes, dont il convient de rappeler le rôle essentiel dans l'émancipation des femmes et leur lutte vers l'égalité, les associations mixtes ont constitué, et constituent encore aujourd'hui, des lieux de socialisation, d'éducation et d'expression des femmes. Rappelons que les femmes n'ont le droit de vote que depuis 60 ans, alors que le suffrage universel était un beau principe affiché depuis la Révolution de 1789. Les associations ont ainsi joué un double rôle, lieu d'expression collective et démocratique des femmes, en compensation d'une absence de démocratie politique, et lieu de revendication pour obtenir des droits qui leur étaient refusé par le Monde Politique.

Dominique THIERRY