La Lettre de L'Economie Sociale n° 1233

Semaine du 26 avril  au 2 mai 2007

 

Dans la perspective des élections présidentielles mais aussi législatives de 2007, les diverses familles constituantes de l'Economie sociale ont interpellé les candidates et candidats. ces dernières semaines, nous avons publié les sollicitations des associations, des mutuelles, des Scop... COOP de France, a publié voici quelques jours, dans la perspective de ces élections, un document intitulé "Les défis d'une agriculture durable" et où le président Philippe MANGIN adresse une lettre ouverte aux candidats. Nous en reprendrons ici les texte intégral.

 

Les défis d'une agriculture durable

La nouvelle organisation professionnelle Coop de France, mouvement de promotion des entreprises coopératives agricoles, agroalimentaires et agro-industrielles, souhaite ardemment connaître votre projet et vos propositions pour l'agriculture française.

Nos 3 000 - et plus - dirigeants de coopératives adhérents sont pour le moins "étonnés" du contenu des discours souvent réducteurs adressés aux électeurs sur les questions liées à l'économie agricole.

La France pourrait-elle inventer une agriculture à l'abri des grands défis lancés au niveau mondial, sans miser sur les chances que lui offre la PAC, seule politique commune dans l'Europe à 27?

A vous entendre, les français pourraient croire qu'il s'agit là d'une question du seul ressort de la France... Pourtant, trois défis devenus incontournables sont lancés aux agriculteurs du monde entier :

t Un défi alimentaire en tout premier lieu. Comment les pays riches pourraient-ils ignorer encore longtemps l'augmentation du taux de malnutrition dans le monde (qui touche plus de 800 millions de personnes et fermer les yeux face à l'évolution de la démographie mondiale en opposant l'agriculture de "qualité" à la demande quantitative qui progresse chaque jour? Comment pouvez-vous promettre aux Français les mérites d'une "agriculture jardinière" qui s'interdirait de participer à l'alimentation du reste du monde, alors que tous les experts craignent que, comme pour la pénurie de la ressource en eau, des continents entiers vont manquer demain, de terres cultivables?

t Le deuxième défi est celui de la capacité des agriculteurs à prendre leur part dans la substitution des énergies fossiles. L'agriculture est en effet le secteur qui peut, le plus vite, apporter des réponses à la lutte contre les rejets de gaz à effet de serre. Relever ce défi est conciliable avec le premier, pendant une dizaine d'années : jusqu'à ce que, nous développions les bio-carburants de 2ème génération, élaborés non plus avec de la graine alimentaire, mais à partir de plantes entières choisies pour leur rendement en matière sèche. Comment pouvez-vous opposer à cette chance les prétendus risques d'une concurrence entre ces deux défis et envisager, dans le même temps, des importations brésiliennes de bio-carburants?

t Le troisième défi, enfin, est écologique! Le monde et la France pourront produire davantage à condition qu'ils produisent mieux, c'est-à-dire sans nuire à la qualité des ressources des générations futures. Le "plus" écologique provient souvent du "plus " technologique. Empêcher nos chercheurs de chercher, c'est effectivement contraindre l'agriculture à remettre en pratique ses techniques anciennes, peut-être moins polluantes, mais qui réduiraient de plus de la moitié nos capacités de production... Peut-on sérieusement proposer un projet d'avenir construit avec les seuls éléments du passé? Comment pensez-vous pouvoir attirer les jeunes générations d'agriculteurs et promouvoir ce secteur professionnel avec des promesses passéistes, et en refusant la science comme voie de progrès. Aussi, pour éclairer votre jugement et vous inviter à davantage de lucidité, et de courage, nous vous adressons nos réponses à "12 questions qui engagent l'avenir" et que nombre de nos concitoyens se posent.

Mesdames et Messieurs les candidats, les entreprises coopératives qui maillent tout le territoire national ont une grande responsabilité : celle de donner toutes leurs chances au plus grand nombre d'agriculteurs, en jouant le rôle d'interface entre eux et les marchés. Elles sont aujourd'hui totalement mobilisées dans la recherche, l'innovation et l'investissement afin de relever ces trois défis majeurs. Etes-vous prêts à encourager les coopératives et à maintenir un secteur performant créateur d'emplois, de valeur ajoutée et de qualité de vie?

Si vous répondez oui, Mesdames et Messieurs les candidats, vous trouverez les entreprises coopératives à vos côtés, pour contribuer à la modernité d'un nouveau projet agricole.

Philippe MANGIN