La Lettre de L'Economie Sociale n° 1227

Semaine du 8 au 14 mars 2007

 

Plus de 200 présidents et directeurs de coopératives, mutuelles, associations et fondations ont participé le 19 janvier au séminaire organisé par les Clubs MARS et Convictions sur le thème : "L'Economie sociale, économie de demain?". La candidate socialiste, Ségolène ROYAL, a fait parvenir aux organisateurs un message qui fut lors de ce séminaire :

 

Le message de Ségolène ROYAL

aux dirigeants de l'Economie sociale

 

Les françaises et les Français attendent une relance de la croissance, mais pas n'importe laquelle. Certes, nous devons renforcer notre compétitivité, favoriser la création de nouveaux pôles industriels, mais nous devons surtout avoir une idée plus globale de ce que la croissance doit apporter à notre pays, à chacune et à chacun qui y participe. Si la croissance doit être plus forte, elle doit aussi être durable et partageable. Les entreprises ont un rôle clef à jouer dans cette conception nouvelle et tous ensemble nous devons développer un esprit de conquête. Mais ceci n'est possible et audible que si les salariés et les entrepreneurs indépendants sont réellement impliqués, responsabilisés et en même temps reconnus dans leur travail comme apporteur d'idées et de créativité. Ce n'est possible que si les consommateurs peuvent également jouer un rôle non seulement de vigilance mais aussi d'imagination de produits ou services véritablement utiles.

Pour y parvenir, nous avons besoin d'entreprises qui répondent à une double logique de participation et de durabilité. C'est en cela que l'Economie sociale m'apparaît importante. D'autant que nous savons qu'elle est passée de 7 à 12% du Produit Intérieur Brut en  moins de 20 ans en France, qu'elle est présente dans presque tous les secteurs d'activités et qu'elle a continuellement été créatrice d'emplois durable.

Importante d'abord parce que les coopératives, les mutuelles et les associations démontrent qu'il n'y a pas d'activité "réservées" ; que des femmes et des hommes réussissent, en se groupant d'abord et avant tout d'un projet et non d'un capital, parviennent à créer et à gérer des entreprises d'une façon démocratique et juste. Démocratique car les entreprises d'économie sociale appliquent à la base le principe "une personne, une voix" qui déconnecte le pouvoir de décision de la proportion détenue de capital ; et juste, parce que leur obsession première n'est pas la rémunération des capitaux mais le juste prix et la juste rémunération des salariés. SCOP ou Mutuelles ont démontré que "ça marche"! Importante aussi parce que la conception de la propriété largement collective dans le cas des coopératives, des mutuelles et des associations, les mettent à l'abri de la course aux résultats boursiers immédiats comme des risques d'opérations d'achats (dont on connaît les conséquence brutales en termes de licenciements, de pertes de droits sociaux, ...). L'Economie sociale est donc incontestablement devancière en proposant un modèle de développement durable, associant et respectant l'ensemble des parties prenantes de l'entreprise.

De plus, la "double qualité" des acteurs, qu'ils soient coopérateurs / salariés ou mutualistes : usagers, est non seulement un rempart contre les délocalisations, mais aussi un facteur de solidarité entre les partenaires et, plus largement, ans les société.

Je ne peux donc que me tourner vers vous et vous donner rendez-vous, non pas pour que nous apprenions à nous connaître - je rencontre régulièrement certains dirigeants ici présents en Poitou-Charentes -, mais pour que nous imaginions ensemble, en quoi, demain, vous allez contribuer à donner à l'économie française et aussi européenne, une allure plus participative et plus audacieuse. En quoi, donc, vous allez faire émerger de nouvelles générations "d'entreprises à gouvernance partagée", réconciliant les françaises et les Français avec l'entreprise ; les réconciliant avec l'idée d'un travail, non plus "imposé et subi" mais conçu et géré ensemble. Un travail donc, d'abord et avant tout orienté vers les personnes et non vers les finances, qui, si elles sont incontestablement un "ressort", ne peuvent en aucun cas être une finalité.

Voyons nous donc prochainement pour prolonger votre initiative. c'est, en tous les cas, bien volontiers que - dès aujourd'hui - je soutiens votre "manifeste" et le signe.

Ségolène ROYAL