1ère Convention Nationale des CRES
La Lettre de l'Economie Sociale n°1171
Semaine du 22 au 28 décembre 2005
Les Chambres régionales de l'Economie sociale - CRES - étaient réunies le 1er décembre 2005 à Paris (Grand Amphi de la MGEN) en Convention, avec l'après-midi, de nombreux invités extérieurs et bien-sûr de nombreux responsables, coopératifs, mutualistes et associatifs. Co-organisé par la Conférence Nationale des CRES et de la Délégation Interministérielle à l'Innovation sociale et à l'Economie sociale, cette 1ère Convention Nationale des Chambres régionales de l'Economie sociale a été ouverte par Gérard SARRACANIE, Délégué interministériel, et par Jean-Louis GIRODOT, Président de la CN.CRES dont nous reproduisons ci-dessous un extrait de l'intervention rappelant l'histoire et la vocation de ces Chambres régionales. Nous publions aussi quelques extrait de l'intervention de Jean-Louis BORLOO, ministre en charge de l'Economie sociale, lue en fin de journée par Gérard SARRACANIE
Dans un contexte un peu brouillé, cette 1ère Convention de notre histoire est un événement ;elle marque en effet un aboutissement mais aussi un nouveau départ. je m'explique... . Nos Chambres régionales ont pratiquement 35 ans d'histoire. Ce furent tout d'abord, au début des années 70 les Groupements Régionaux de la Coopération - GRC - voulus à l'époque par le GNC - lui-même fondé en 1968 - afin d'installer et développer en Région les principes coopératifs... Puis, en 1981, les mutualistes viennent rejoindre les coopérateurs pour constituer les GRCM ; en 1986, ce fut le tour des associations pour constituer les GRCMA. Ce long et lent mûrissent sur les 35 années écoulées permit de véritablement constituer cette famille de l'Economie sociale régionale alors que, de son coté, le Comité Nationale de Liaison des Activités Mutualistes, Coopératives et Associatives - CNLAMCA - se constituait en 1970 et s'organisait en cinq familles :
Ø Les trois familles verticales : les mutualités (d'assurance et de prévoyance), la coopération et le secteur associatif ;
Ø Les deux familles horizontales ; l'Economie sociale agricole avec sa CNMCCA et l'Economie sociale enseignante avec son CCOMCEN.
En 1979 s'écrit la Charte de l'Economie sociale avec ses sept articles. En 1981, la gauche arrivée au pouvoir met en place la délégation à l'Economie sociale. Très vite, un comité National des groupements Régionaux se crée et, sous l'autorité de Roger DOCHE - un coopérateur issu du Crédit Mutuel - organise les premières rencontres de coordination ; je lui succède en 1998.
Lors de ces années 80, le concept d'Economie sociale se renforce donc et se structure, même si Jacques DELORS aurait préféré le terme de "tiers secteur"... Michel ROCARD l'emporte et la terminologie est reprise pour la première fois par le législateur en apparaissant dans la loi du 29 juillet 1982 portant réforme de la planification puis définitivement adoptée par le Conseil d'Etat en 1983, à l'occasion de la loi du 20 juillet relative au développement de certaines activités d'Economie sociale, donc les Unions d'Economie sociale - UES -. En 1983 est aussi crée l'Institut de Développement de l'Economie sociale ; un Comité consultatif de l'Economie sociale est mis en place...
Nos GRCMA, décident lors des années 90, de donner plus de clarté à leurs actions ; la région Poitou-charentes montre l'exemple et transforme en 1993 son GRCMA en Chambre régionale de l'Economie sociale. L'Ile-de-France suit en 1994 et l'idée se propage puis se généralise. Aujourd'hui, dans pratiquement toutes nos régions - y compris la corse et l'outre-mer - sont organisées des CRES, quelques-fois avec le "S" supplémentaire de l'économie solidaire. Nos CRES sont dorénavant bien implantées dans le tissu régional, on le constatera aussi lors de cette journée. Auprès des Préfets de région, avec leurs correspondants régionaux dont la fonction nous est précieuse, elles accomplissent d'importantes missions pour des actions de proximité et de représentation. elles sont notamment présentes au sein de la plupart des Conseils Economiques et sociaux Régionaux où elles jouent souvent un rôle central. Parmi leur priorités actuelles, citons l'aide à l'emploi, les services aux personnes et d'innombrables actions qui touchent à la cohésion sociale...bref, la mise en oeuvre d'actions régionales d'intérêt collectif notamment grâce aux CPO avec l'Etat.
Défendre et promouvoir les principes et les valeurs de l'Economie sociale dans un souci permanent de la subsidiarité, c'est-à-dire ne pas faire à la place de tel ou tel, défendre et promouvoir leurs familles constituantes - Mutualité, coopération, associations -, voilà nos missions ; voilà notre raison d'être, voilà notre fierté avec le CEGES au sein duquel nous nous situons comme dorénavant acteurs.
Jean-Louis GIRODOT
Intervention de Jean-Louis BORLOO,
Ministre de l'Emploi, de la cohésion sociale et du logement
Je tiens à souligner d'emblée que cette première rencontre nationale des Chambres régionales de l'Economie sociale et solidaire n'est pas à mes yeux l'une des nombreuses manifestations organisées par le secteur mais qu'elle constitue un événement au sens propre du terme. Elle est importante en effet à plusieurs titres : en premier lieu, elle permet aux responsables des CRES de partager, une vision globale de leurs propres actions et initiatives, de les mettre en perspective, de mesurer tant les progrès accomplis que ceux qu'ils restent à faire dans le cadre du développement de l'économie sociale régionale ; en second lieu, elle valorise les avancées considérables réalisée par vos groupements régionaux depuis les toutes dernières années, votre participation de plus en plus active au développement économique et social local ; elle marque enfin le rôle de l'Economie sociale en régions et dans les territoire.
Je tiens également à remercier vivement le Président de la conférence nationale des CRES, Monsieur Jean-Louis GIRODOT, d'avoir pris cette heureuse initiative. Je souhaite le féliciter d'avoir su comprendre très tôt l'importance de la dimension régionale pour le développement de l'Economie sociale et, mener à bien ce chantier depuis plus de vingt ans, avec une remarquable ténacité.
L'Economie sociale, partenaire de l'action publique, telle est la problématique générale que vous avez choisie pour vos débats de cet après-midi. Partenaire, elle l'est, sans aucun doute. J'ai pu constater à plusieurs reprises, non seulement à travers les entretiens que j'ai eu avec les principaux responsables nationaux de l'Economie sociale, mais aussi par son engagement aux côtés de l'Etat, notamment pour la bataille de l'emploi et pour l'application du Plan de Cohésion sociale.
L'exemplarité du rôle de l'Economie sociale est aussi illustré avec éclat en matière de services à la personnes. J'ai d'ailleurs été amené à la signaler le 14 septembre dernier, quand j'ai procédé à l'installation du conseil d'Administration de l'Agence nationale des services à la personne, présidée par Monsieur Laurent HENART. J'ai affirmé, à cette occasion, mon ambition de créer rapidement dans notre pays un véritable secteur économie, un pôle d'excellence national dans ce domaine. S'agissant maintenant du partenariat entre l'Economie sociale et l'Etat, j'observe que, depuis vingt-cinq ans, la continuité du soutien de l'Etat aux secteurs de l'Economie sociale et solidaire s'est globalement maintenue. Ce soutien, dans les dernières années, a été amplifié ; et, en ce qui vous concerne, tout particulièrement. En effet, la contractualisation entre les Chambres régionales de l'Economie sociale et l'Etat, au moyen de conventions pluriannuelles d'objectifs, vous a permis d'organiser une meilleur structuration des entreprises, organismes et acteurs adhérant à vos CRES, de vous engager dans la voie de votre propre développement. Elle a également contribué à ce que vous mettiez en oeuvre un accompagnement à la création et au soutien d'activités nouvelles et d'emplois et développiez certaines filières d'activités spécifiques telles les SCIC, les groupements d'employeurs, les coopératives d'activités? Ce faisant, les Chambres régionales de l'Economie sociale peuvent désormais construire une inscription plus pertinente, plus dynamique de l'Economie sociale dans les territoires. Un important programme de recherche-action associant pour la première fois, les acteurs de terrain que vous êtes, des équipes de chercheurs, des universitaires et les directions régionales de l'INSEE, facilite aujourd'hui une meilleure connaissance et reconnaissance de la réalité économique et sociale de l'Economie régionale. Ces deux actions principales et complémentaires initiées par la DIES ont aidé à lancer un processus, un parcours qu'il vous faudra poursuivre. Il nous faut renforcer encore ce partenariat Etat / Economie sociale et solidaire.
Pour ma part, reconnaissant la part importante que joue l'Economie sociale dans notre pays, j'ai souhaité donner une nouvelle impulsion et de nouvelles priorités à l'actuelle DIES. Le décret créant la nouvelle délégation interministérielle à l'Economie sociale, à l'Innovation sociale et à l'Expérimentation sociale ainsi que ses missions devrait paraître bientôt. Cette transformation répond à la nécessité de tenir compte des mutations profondes en cours qui concernent aussi bien l'Etat que tous les acteurs de la société civile. Cela implique de consacrer, rapidement, une part plus importante à la réflexion prospective, à l'expérimentation, à l'innovation. Qui mieux que vous, coopérateurs, mutualistes, associatifs, pouvez aider à relever ce défi? Qui mieux que des sociétés de personnes peuvent comprendre, dans toutes sa complexité, l'enjeu ; celui de l'avenir de notre société? En outre, je suis persuadé que l'Economie sociale et solidaire a, de ce point de vue, un champ de développement considérable.
Jean-Louis BORLOO